Partner Stories

Citizenship in the Workplace, with Bastoun Talec

ARTICLE WRITTEN BY
Gregory Pepper
READING TIME
minutes

In this episode of Transformation in Practice, nous retrouvons Bastoun Talec, développeur organisationnel chez HappyWork, pour explorer un sujet à la fois sensible et fondamental : la citoyenneté dans l’entreprise. À partir de son expérience de terrain, Bastoun interroge le rôle politique de l’entreprise, non pas au sens partisan, mais comme lieu de vie collective où se jouent l’information, la délibération, la décision, l’exécution et la reddition des comptes. Une réflexion profonde sur ce que signifie « faire société » au travail, à l’heure où les démocraties sont fragilisées et où l’engagement devient un enjeu central des organisations.

For those who don't know you yet, could you introduce yourself and HappyWork?

The mission of HappyWork, c’est de help growing organisations to grow. And it has been doing so for ten years.

En ce qui me concerne, j’ai toujours cherché à créer du sens en commun. J’ai créé deux agences de communication, après avoir travaillé dans l’agro-industrie. J’ai passé sept ans dans ce secteur, puis sept ans dans chacune de mes agences. Depuis 2015, deux « septennats » en Holacratie se déploient au sein de HappyWork : nous avons passé le premier à clarifier les structures accompagnées. Et depuis environ trois ans, nous ouvrons un nouveau chapitre, en travaillant aussi sur la transformation culturelle des organisations que nous accompagnons.

Mon ikigai, c’est de faire en sorte que les gens soient en adéquation authentique avec leur travail.

Pourquoi parler aujourd’hui de citoyenneté dans l’entreprise ?

I have been conducting personal stress tests for several years, inspired by neuroscientist Anne-Laure Gouvion. It involves taking stock of yourself, your zones of wellbeing and stress, on a scale of -10 to +10.

J’évoluais chroniquement autour de 7 ou 8, jusqu’à ce que j’ajoute un critère supplémentaire : ma porosité à l’état du monde. Et là, j’ai dégringolé à 5.

Ce qui m’inquiète profondément, c’est de voir les démocraties mises à mal, souvent de l’intérieur, avec la montée des courants populistes. Everything related to fundamental freedoms and democratic life, particularly in Europe, is fragile. You can feel that things could tip towards darker times.

Je me suis alors à nouveau demandé quel rôle l’entreprise pouvait jouer pour revitaliser la citoyenneté dans la Société, avec un grand S. Une obsession presque égoïste de ma part : je cherche aussi à remonter mon propre niveau de bien-être.

Mais au-delà de ça, l’enjeu sociétal est majeur. La France compte 27 millions d’actifs et près de 3 millions d’entreprises.

If employers become aware of this capacity to revitalise citizenship, they can contribute very concretely to defending democracy.

L’entreprise doit-elle se mêler de politique ?

Elle s’en mêle déjà.

Si vous ne vous occupez pas de politique, alors la politique s’occupe de vous. 

Faire des affaires sans politique peut conduire à une dérive comparable à « la politique des affaires ». Cela manifeste l’absence d’éthique. Sans jalon, sans repères communément partagés, agréés, l’écart de conduite guette ! 

Il existe aujourd’hui de fortes pressions normatives sur les entreprises, notamment environnementales. La RSE insiste beaucoup sur la citoyenneté DE l’entreprise, mais beaucoup moins sur la citoyenneté DANS l’entreprise. 

La loi PACTE, les entreprises à mission, l’économie sociale et solidaire, la Convention des Entreprises pour le Climat… tout cela pousse à faire évoluer la gouvernance. And at the heart of citizenship is a central notion: sharing, in the sense of taking part. Sharing decisions, sharing nominations, sharing power.

Nous sommes déjà trop peu citoyens dans la société. Nous votons. Cela ne suffit pas à être pleinement citoyen. Il nous faut inventer une démocratie plus participative et plus seulement représentative. Citoyen, on ne saurait accepter de ne pas l’être du tout une fois au travail. C’est intenable.

Concretely, what does “doing politics” mean in a company?

L’entreprise fait déjà de la politique, comme Jourdain fait de la prose.

Elle a une politique tarifaire, une politique commerciale, une politique de recrutement. En holacratie, par exemple, on écrit explicitement des politiques : politique de notes de frais, politique d’usage des actifs, politique de feedback, etc. Et quand les politiques s’explicitent, les gens gagnent en sérénité.

Think about it: every human collective underpinned by a project is animated by these political sequences :

  • inform
  • deliberate
  • appoint people to roles or positions
  • decide
  • execute
  • monitor and be accountable

Tous ces temps existent déjà dans l’entreprise. Donc oui, l’entreprise fait de la politique.

Jusqu’où une entreprise peut-elle aller dans sa dimension politique ?

Aussi loin qu’elle le souhaite, et autant qu’elle en est capable.

Elle peut monter son niveau d’information, sa qualité de délibération, améliorer la clarté dans la nomination des personnes, clarifier et disséminer le pouvoir exécutif, renforcer la reddition des comptes.

Je m’appuie parfois sur une idée de l’économiste et historien René Passet : la loi de la contrainte minimale. Dans un système complexe, chaque partie doit recevoir et diffuser toute, et seulement, l’information nécessaire à l’accomplissement de ses tâches.

Quand, dans un magasin par exemple, quelqu’un doit aller chercher « son responsable » pour agir, je suis triste pour la personne et pour le système. Parce que l’une et l’autre perdent en potentiel vital.

Executive power is often too opaque or too concentrated. It could be made far more explicit and distributed. And that requires a cultural transformation, not just a structural one.

Comment faire progresser le niveau d’information ?

Let's take a very simple example.

Dans une organisation d’une trentaine de personnes que nous accompagnons, la leader de cercle a proposé une session d’1h30 pour expliquer le budget. Elle a partagé les documents à l’avance. Tout le monde est venu. Les gens ont posé beaucoup de questions. Ils étaient ravis de comprendre comment fonctionnait réellement l’organisation, y compris sur des sujets réputés sensibles comme la masse salariale.

Il y a une grande immaturité économique dans beaucoup d’entreprises. Pourtant, il suffit d’expliquer ce qu’est un bilan, un compte de résultat, le break-even, l’incidence réelle d’un salaire, la différence entre marge brute et marge nette.

Informer, ce n’est pas compliqué.

Ask yourself: à quel point je souhaite que les collaborateurs comprennent le fonctionnement de l’entreprise dans sa globalité ? L’information est-elle (com)préhensible par eux ? je mets le « com » entre parenthèses car dans compréhensible il y a préhensible : l’info, pour qu’elle devienne principe actif, sera prise en mains. Elle doit être pensée comme un outil pour agir.

Clarifying levels of participation in decision-making

Le premier geste citoyen dans l’entreprise, selon moi, c’est de clarify the levels of participation in decision-making. Parce que ce qui est délétère, ce n’est pas le désaccord, c’est le malentendu.

There are broadly five levels:

  • inform d’une décision déjà prise
  • consulting, while retaining the final decision
  • co-constructing, with the final decision carried by a person or group
  • co-decide
  • delegating

Si le niveau de participation n’est pas clair d’emblée, malentendus, frustrations et/ou retours de flamme parfois dévastateurs s’invitent.

On a vu dans la sphère politique, avec le Brexit par exemple, à quel point la confusion entre consultation et décision peut être destructrice. En entreprise, ces cinq niveaux relèvent de l’angle mort. As a leader, you will benefit from clarifying BEFORE and always contextually: “this decision will be made in this way.”

Pourquoi un salarié devrait-il s’engager comme citoyen ?

La même question se pose sur le plan sociétal : pourquoi un citoyen doit-il s’engager dans la chose commune ? En France, les associations cristallisent l’engagement. Elles sont perçues comme les pompiers du corps social. Sans elle, ce serait l’anomie, le délitement de la société. 

Every company is a social body. Nous venons d’évoquer la nécessité de faire progresser l’information en son sein. There is a very strong link between information and engagement. Lorsque notre cerveau accumule des informations sans possibilité d’agir, notre corps émet des hormones qui nous rendent malheureux (c’est pour cela que l’infobésité est si problématique).

Lorsque l’information est utile et exploitable, alors je m’investis. Informé, je suis investi.

Quand j'investis l’entreprise, quand je comprends comment elle fonctionne, je suis naturellement invité à m’engager. Ce n’est pas une injonction, c’est une invitation.

A company that does not share this first political moment, this first level of participation, does not make society. It has a minimalist view of the human collective. It disregards its members.

Du point de vue de la personne salariée, son désengagement ou non engagement conduit peu ou prou, tôt ou tard à ne plus / pas être considérée. Je ne m’engage pas, je me dé-considère. S’engager est une marque de respect envers soi-même. S’engager en tant que citoyen de l’entreprise (c’est-à-dire, au-delà du premier niveau de participation), est a marker d’appartenance : un des stades d’accomplissement humain les plus aboutis d’après Maslow.

Vous voyez à quel point l’engagement est réciproque et même plus, il est ou devrait être l’affaire de chaque partie constituante de l’entreprise. Y compris celle des actionnaires dont volatilité et surenchère marquent trop souvent une forme de désengagement délétère. On devine combien la citoyenneté dans l’entreprise suppose un contrat élargi. 

Pourquoi l’engagement (citoyen) est intéressant pour les dirigeants ?

Parce que c’est rentable !

The research has long shown that participation in decision-making increases productivity. We are talking about gains of 10, 20, sometimes 30%, depending on context.

Chaque fois que les organisations donnent réellement de la capacité d’agir aux personnes, on observe des gains de performance économique sensibles. Ces gains sont les fruits de l’engagement lequel sera plus déterminant que le talent. L’enjeu de la citoyenneté et de l’engagement, c’est presque le même !

Un exemple concret de citoyenneté à l’œuvre

Holacratic companies are citizens by design, because they are built on a constitution and an explicit sharing of power.

Outside the Holacracy microcosm, there is Buurtzorg, in the Netherlands, with 10000 infirmiers et infirmières qui s’organisent de manière autonome. À l’échelle européenne, ce modèle permettrait d’économiser des dizaines de milliards d’euros annuels en frais de santé.

We can also mention Châteauform’, avec 2 000 personnes qui rendent vos réunions et séminaires magiques, où les dirigeants passent du temps sur le terrain et les gens du terrain font l’expérience du siège. 

Too few companies still have constituent parts that engage with what concerns them: the common good! 

These companies are both civic and prosperous.

A simple first step

Je vous en propose trois pour le prix d’un !

1/ Répondre, en tant que leader ou organe leader d’une organisation,  à la question suivante : à quoi puis-je m’engager pour engager plus ? 

2/ Make explicit, before each impactful decision, the level of participation in that decision

3/ Draft a simple matrix: who decides, on what, and how. Et l’expliciter à chaque fois qu’une décision est prise.

HappyWork has established this matrix in its support work with boards, executive committees, and management teams — with a clear improvement in decision-making fluidity as a result!

Conclusion

Let us close with a question: Pour quelle raison la citoyenneté s’arrêterait-elle aux portes de l’entreprise ? 

Et par une assertion : l’entreprise consacre de l’espace et du temps à inform, deliberate, decide, nommer, execute et suivre les actions et les comptes. Elle sera meilleure en améliorant chacune de ces séquences.

At work, citizen!

Team cohesion
Impact and purpose-driven company
Next generation company
Future of work
Collective intelligence
New ways of working
Resilience
Human resources
ARTICLE WRITTEN BY
Gregory Pepper
Share article

Discover similar articles