Tenzing, réinventer le conseil en stratégie opérationnelle
Performance, ouverture, créativité… Tenzing Conseil réinvente le conseil en stratégie opérationnelle.
Nous avons rencontréEric Delannoy, co-fondateur et CEO de l'entreprise, qui nous a partagé sa vision de l'avenir des organisations et du coût de ne pas investir dans la transformation.
Qu'est-ce qu'une « Next Generation Enterprise » pour vous ?
Pour moi, une Next Generation Enterprise est une entreprise qui cherche à rompre avec les anciens modèles hiérarchiques et de gouvernance qui ont montré leurs limites et sur lesquels il existe une marge d'innovation, avec des objectifs que chaque entrepreneur se fixe lui-même.
Il n'y a pas d'objectif universel, mais il existe une volonté d'innover autour de l'environnement, de la société, de la gouvernance, de la manière de traiter toutes les parties prenantes — bref, une autre façon d'aborder le capitalisme.
Quel est le rôle du manager dans cette Next Generation Enterprise ?
En général, le rôle du manager doit évoluer vers un rôle de leadership par la légitimité, ce qui constitue pour beaucoup un changement par rapport au leadership par la hiérarchie.
Le leadership hiérarchique induit un mode de communication souvent descendant. Du côté des collaborateurs managés, il engendre peu d'autonomie et peu de respect pour ce que l'on peut dire, ce que l'on peut être, ce que l'on ne peut pas dire.
Le management Next Generation, le leadership participatif ou par la légitimité, est un leadership qui va :
- chercher à faire grandir le collaborateur,
- l'impliquer,
- tenir compte de qui il est,
afin de pouvoir travailler avec lui plutôt que de s'appuyer sur lui.
Il y a une forme de respect, tout un ensemble de valeurs et la reconnaissance de l'unicité de l'autre qui font qu'au sein d'un collectif, on peut mieux travailler ensemble.
Quelles actions peut-on mettre en place pour créer la confiance, de haut en bas mais aussi de bas en haut ?
On le voit dans notre propre entreprise : le respect de l'unicité de l'autre est l'une des pistes à explorer.
En matière de management, une personne partage un certain nombre de directives et de connaissances avec une autre, et ce partage profite aussi à celui qui transmet. C'est une forme de mentorat inversé où l'on n'est pas le seul détenteur de la vérité, mais où l'on partage un point de vue et l'enrichit avec la personne en face de soi.
Il s'agit de respect, d'écoute et de débat. Cela implique la capacité à faire confiance à l'autre et à lui accorder ainsi le droit à l'erreur, la capacité à exprimer ses opinions. Même si l'autre n'a pas tout le contexte sur le sujet, son opinion enrichira au moins le débat général.
Concernant la bienveillance, c'est un terme souvent mal compris.
On confond souvent bienveillance et gentillesse.
Ça n'a rien à voir.
La bienveillance, mal utilisée, peut se transformer en lâcheté : avoir peur de partager ses vraies pensées et dire ce que l'autre veut entendre. En ce sens, elle peut s'apparenter à une fuite des responsabilités.
Pour moi, être bienveillant, c'est être exigeant mais respectueux. Il faut pouvoir dire les choses à l'autre et lui faire confiance pour qu'il puisse tout entendre, à condition que ce soit exprimé clairement.
Pourquoi le sujet de la raison d'être d'une entreprise est-il si important pour une Next Generation Enterprise ?
Ça devient très important car il y a une pression croissante. Il n'y a pas d'angélisme. Les entrepreneurs ou le capitalisme ne découvrent pas soudainement qu'il faut faire le bien pour la société.
Je pense qu'il existe une forme de pression mondiale qui s'exerce autour de deux enjeux.
1- L'urgence climatique
Le premier enjeu est l'urgence climatique. L'urgence environnementale amène le capitalisme à réaliser que, sans tenir compte de l'environnement et sans améliorer son implication dans son écosystème environnemental, il se perd, car il met en place des mécanismes qui le détruiront.
Si demain 10 % de la population doit se déplacer parce que le niveau de la mer a monté, par exemple, cela créera une désorganisation qui détruira toute la logistique capitaliste. Il y a à la fois l'urgence climatique et l'urgence environnementale, qui sont une question de survie pour que le capitalisme continue de fonctionner.
2- La fracture sociale
Et puis il y a la fracture sociale. Le capitalisme a certes, par le passé, réussi à donner accès à la consommation à la grande majorité de la population, réduisant ainsi la pauvreté. Mais dans le même temps, il a permis à des richesses massives de se concentrer entre les mains de quelques-uns.
Cela crée des fractures qui ne sont plus supportables car, comme nous l'avons vu en France avec les gilets jaunes, cela génère des mouvements sociaux, du mécontentement, du ressentiment qui, demain, affecteront tous les circuits capitalistes traditionnels.
Ainsi, les impératifs de survie et de durabilité font que le capitalisme doit désormais intégrer ces données environnementales et sociales pour participer à un avenir désirable dont il bénéficiera lui-même.
On parle souvent de retour sur investissement : quels sont les risques de ne pas investir dans un capitalisme durable ?
Il y a le retour sur investissement et le risque de ne pas investir. Il est évident qu'aujourd'hui, il y a un risque à ne pas investir car si l'on n'agit pas, on court à la catastrophe.
Or, le risque d'investir est de croire qu'il existe deux types d'entreprises.
Il y a des entreprises qui en sont nativement conscientes. Tenzing, par exemple, a été créée sur un pourquoi. Nous avons été créés en mode Next Generation Enterprise. À ce titre, il est sans risque d'investir dans un capitalisme durable car on sait dès le départ qui on est.
En revanche, pour les entreprises traditionnelles qui ont fait le choix de se transformer et de passer à une nouvelle gouvernance, à une nouvelle façon d'agir, le risque de la transformation est d'accumuler des coûts de transformation à court terme dans l'espoir d'être rentable à moyen terme.
Cette tension entre la certitude d'un coût à court terme et l'incertitude d'une rentabilité à moyen terme crée une forme de timidité qui caractérise ce risque de transformation. Il y a vraiment un risque à aller vers cette transformation vers un capitalisme durable : on sait ce qu'on perd aujourd'hui, mais on ne sait pas ce qu'on gagnera demain, tandis que ceux qui sont nativement ainsi ont démontré que la performance sociale mène à la performance économique.
L'entretien ci-dessus a été enregistré lors de l'édition 2020 du The NextGen Enterprise Summit.
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