[Avis d’expert] Le tout-télétravail est-il l’avenir ?

Lorsque la Covid-19 a frappé en mars 2020, de nombreuses entreprises ont été contraintes de renvoyer leurs collaborateurs chez eux et de basculer en tout-télétravail. Mais alors que nous entrons dans une nouvelle phase de la pandémie — où il devient plus sûr de partager les espaces —, une question se pose : le tout-télétravail est-il là pour durer ?
Nous avons interrogé Celeste McNeill, professionnelle RH expérimentée au parcours mêlant recrutement et relations sociales, et Directrice des ressources humaines de l’agence de développement web imageX. L’équipe d’imageX, qui compte des collaborateurs dans six pays (dont le Canada, les États-Unis et l’Ukraine), est passée au tout-télétravail en mars 2020 — et depuis, McNeill a pu mesurer de première main les avantages et les défis d’un passage à 100 % en télétravail.
Dans cette interview, McNeill partage son regard sur l’avenir du télétravail — et sur la question de savoir si le tout-télétravail est en passe de devenir la norme.
Les avantages du tout-télétravail…
Du point de vue de l’entreprise, le passage au tout-télétravail présente de nombreux atouts — notamment sur le plan budgétaire.
Quand une entreprise passe à 100 % en télétravail, elle peut se débarrasser de ses bureaux — et de tous les frais qui vont avec. En basculant en télétravail total, « on peut réduire les besoins en espace, en mobilier, en stationnement ou en frais de déplacement pour les équipes, ce qui se traduit par des économies globales pour l’organisation », explique McNeill.
À lire aussi : Assistons-nous à la mort du bureau ?
Pour beaucoup de collaborateurs, pouvoir travailler à distance offre aussi davantage de souplesse dans la gestion de leur temps — un bénéfice à la fois pour le collaborateur et pour l’entreprise.
« Le 100 % télétravail peut apporter un meilleur équilibre vie professionnelle-vie privée », souligne McNeill. « Des collaborateurs plus heureux, qui ont le temps de s’adonner à leurs loisirs ou de profiter de leur famille, forment des effectifs plus engagés, avec un turnover réduit. »
Le télétravail offre aussi aux collaborateurs plus de souplesse géographique. Comme ils n’ont pas de bureau où se rendre chaque jour, ils ont la liberté « de s’installer dans des régions plus abordables ou de voyager et de travailler depuis d’autres États, provinces ou pays », précise McNeill. « Cela donne aux collaborateurs une maîtrise totale de leur environnement de travail et de vie. »
Et lorsque vous donnez à vos collaborateurs cette maîtrise du lieu où ils vivent et travaillent, vous renforcez leur loyauté envers votre organisation — ce qui facilite la fidélisation des meilleurs talents et le maintien de votre compétitivité.
…et les inconvénients
Le tout-télétravail présente clairement des avantages — mais il a aussi ses inconvénients.
L’un d’eux tient à la fiabilité de la technologie. Lorsque vous travaillez dans un bureau centralisé, l’entreprise garde un certain contrôle sur sa technologie. Vous pouvez par exemple équiper vos locaux d’un accès Internet rapide et fiable et mettre en place des systèmes qui protègent le travail en cas de problème technique.
Mais quand votre équipe est répartie sur plusieurs sites, vous n’avez plus ce même niveau de contrôle — et même un incident mineur (coupure de courant, problème de performance d’un ordinateur, ou facture Internet impayée d’un collaborateur) peut entraîner des problèmes de productivité.
À lire aussi : 5 défis de communication des entreprises multi-sites
« Le 100 % télétravail peut poser des défis de communication [et techniques] », observe McNeill. « Nous dépendons fortement de la technologie pour rester connectés, mais en cas de coupure de courant ou de panne système, nous ne pouvons plus joindre notre équipe…. [De plus], les membres de l’équipe deviennent souvent responsables de la bonne configuration de leurs outils et de leur matériel, ce qui peut poser des difficultés. »
Un environnement 100 % télétravail peut aussi compliquer la construction de relations solides avec votre équipe. Se connecter avec des collaborateurs à distance peut s’avérer plus difficile « que de simplement aller voir quelqu’un à son bureau pour lui demander comment ça va, ou d’aller faire un saut au café du coin avec un collègue », souligne McNeill.
À lire aussi : 5 bonnes pratiques pour préserver votre culture d’entreprise en télétravail
Et vous vous souvenez de ce point sur le tout-télétravail qui aide certains collaborateurs à mieux concilier vie pro et vie perso ? Curieusement, l’inverse est aussi vrai — et beaucoup peinent à trouver un équilibre lorsqu’ils doivent aménager un espace de travail chez eux.
« Certains collaborateurs sont plus performants dans un environnement de bureau, où la frontière entre travail et vie personnelle n’est pas brouillée — et ils ont le sentiment de mieux déconnecter une fois rentrés chez eux », explique McNeill.
À lire aussi : [Avis d’expert] Brigitte Vaudolon : les bonnes pratiques d’un télétravail réussi
L’avenir du travail est-il 100 % télétravail — et, sinon, vers quoi se dirige-t-on ?
Le tout-télétravail présente clairement des avantages comme des inconvénients. Mais la question est : les avantages l’emportent-ils sur les inconvénients — et le tout-télétravail est-il le modèle de travail idéal pour l’avenir ?
Selon McNeill, la réponse est non.
À lire aussi : Pas de retour en arrière : 4 choses qui ne seront plus jamais comme avant au travail
« Beaucoup de collaborateurs n’ont pas toujours le luxe de disposer d’un environnement de travail confortable chez eux, ou souffrent de l’isolement et ont hâte de revenir au bureau », observe McNeill. « Donc, même si une bonne partie des collaborateurs seront ravis d’être en télétravail, les employeurs qui veulent garder leurs effectifs heureux devront s’adapter aux besoins des deux camps [ceux qui veulent télétravailler et ceux qui veulent revenir au bureau]. »
Selon McNeill, un modèle de travail hybride, qui permet aux collaborateurs de travailler à distance, au bureau ou les deux, est un meilleur choix pour les entreprises qui veulent attirer et fidéliser les meilleurs talents, car il permet à l’entreprise comme aux collaborateurs de récolter les bénéfices du télétravail — tout en évitant les inconvénients d’un environnement 100 % à distance. (Et cette opinion s’appuie sur des données ; selon l’étude Reimagining Human Experience de JLL, 70 % des collaborateurs sont favorables à un modèle hybride.)
À lire aussi : [Avis d’expert] Bertrand Duperrin : vers un modèle de travail hybride
« La flexibilité est importante, et si un employeur ne peut offrir un minimum de présentiel à ses équipes, il exclura une large part du [vivier de talents] », affirme McNeill.
*
* *
En résumé : quel est l’avenir du travail — et est-il 100 % à distance ? Si le télétravail est assurément là pour durer (et si beaucoup d’entreprises continueront à fonctionner à 100 % à distance), attendez-vous à voir les environnements offrant la flexibilité de travailler à la fois à distance et au bureau s’imposer comme le modèle de référence. « Je pense que la plupart des entreprises évolueront vers des effectifs plus flexibles, mais pas nécessairement à 100 % [en télétravail] », conclut McNeill.
Vous voulez en savoir plus sur le travail hybride ? Découvrez notre livre blanc sur le sujet :
Accéder au livre blanc
Dans notre livre blanc « L’avenir du travail : place au travail hybride ! », vous découvrirez les huit grands défis du travail hybride ; les bonnes pratiques que peuvent adopter managers, RH, communication interne, IT et collaborateurs ; et les outils pour faciliter le travail hybride.
–
Autrice : Deanna deBara
Découvrez des articles similaires

Pourquoi le changement ne dure pas
Pourquoi les changements organisationnels ne durent-ils pas ? Dans cet entretien, Nick Osborne explique pourquoi améliorer les rôles, la prise de décision et la collaboration produit souvent des effets à court terme — sans transformation durable — et ce qui se joue réellement en profondeur.
.webp)
