Transformation organisationnelle

Les entreprises à mission sont-elles plus performantes que les entreprises traditionnelles ?

ARTICLE RÉDIGÉ PAR
Emmanuelle Abensur
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  • Une entreprise à mission inscrit dans ses statuts sa raison d’être, ses objectifs sociaux et environnementaux et les modalités de suivi de sa mission, comme le prévoit la loi Pacte de 2019.
  • La France en compte plus de 2 600 en 2026, contre 200 en 2020.
  • Selon une étude du cabinet EY, 85 % des entreprises ayant une raison d’être clairement définie ont vu leur chiffre d’affaires augmenter sur trois ans, contre 42 % des entreprises sans raison d’être dont les revenus stagnent ou diminuent.
  • Quatre leviers expliquent l’écart : l’attraction et la rétention des talents, l’engagement des collaborateurs, la confiance dans la croissance future et la capacité à innover.
  • Ces études mesurent une corrélation, pas une causalité : c’est la mission tenue qui produit ces effets, pas la mission affichée.
  • Le statut s’accompagne d’un contrôle réel : un comité de mission (ou un référent en dessous de 50 salariés) et un organisme tiers indépendant qui vérifie l’exécution des objectifs au moins tous les deux ans.

Depuis leur introduction dans la loi Pacte en 2019, les entreprises à mission connaissent une croissance fulgurante. En 2026, on en recense plus de 2 600 en France, contre 200 en 2020. Face à ces chiffres, il y a de quoi se poser des questions ! Pourquoi autant d’organisations choisissent de devenir des entreprises à mission ? Quel impact cette décision a-t-elle sur leur performance ?

Dans cet article, nous vous révélons si les entreprises à mission sont vraiment plus performantes que les entreprises dites “traditionnelles”, et si oui quels sont leurs secrets 👀. 

Qu’est-ce qu’une entreprise à mission ?

Une entreprise à mission, c’est une entreprise avec une raison d’être claire qui s’engage à atteindre plusieurs objectifs sociaux et environnementaux (en plus de ses objectifs financiers).

Conformément à la loi Pacte du 22 mai 2019, l’entreprise à mission doit ainsi préciser dans ses statuts : 

  • sa raison d’être (pourquoi elle existe),
  • ses objectifs sociaux et environnementaux,
  • et les modalités de suivi de l’exécution de sa mission.

Quelle différence avec une entreprise traditionnelle ?

Contrairement à une entreprise traditionnelle, dont la mission première est généralement de maximiser le profit pour les actionnaires, l’entreprise à mission s’appuie sur une raison d’être qui dépasse les simples objectifs financiers. Elle doit obligatoirement intégrer des objectifs sociétaux et environnementaux dans sa stratégie. Ce qui est souvent perçu comme optionnel dans une entreprise traditionnelle.

Quelle différence avec l’entreprise à impact et l’entreprise régénérative ?

L’entreprise à mission est parfois confondue avec l’entreprise à impact et l’entreprise régénérative. Voici quelques définitions pour bien comprendre la différence avec ces deux autres concepts : 

  • Entreprise à impact : Une entreprise à impact vise à générer un impact positif sur l’environnement et la société. Elle mesure cet impact sans nécessairement le formaliser dans ses statuts, comme le fait une entreprise à mission.
  • Entreprise régénérative : Plutôt que de simplement réduire son impact négatif, l’entreprise régénérative régénère les ressources qu’elle utilise. Pour cela, elle adopte une démarche biomimétique, qui lui permet d’innover en s’inspirant de ce qu’elle voit dans la nature.

Alors, est-il possible d’être à la fois une entreprise à mission, une entreprise à impact, et une entreprise régénératrice ? La réponse est OUI car, comme vous pouvez le voir, ces trois modèles sont totalement complémentaires.

L’entreprise à mission est-elle réellement plus performante ?

La raison d’être, un levier clé de performance

Selon la Harvard Business Review, avoir une raison d’être forte est l’un des principaux leviers de croissance d’une entreprise. Une étude du cabinet EY le confirme : 85 % des entreprises ayant une raison d’être clairement définie ont vu leur chiffre d’affaires augmenter au cours des trois dernières années, tandis que 42 % des entreprises sans raison d’être ont vu leurs revenus stagner ou diminuer.

Or, la raison d’être, c’est justement ce qui distingue les entreprises à mission ! Étant donné qu’elle constitue un levier clé de croissance, on peut donc en conclure qu’il y a plus de chances qu’une entreprise à mission soit plus performante qu’une entreprise traditionnelle.

Les autres leviers qui impactent la performance

Bien sûr, la comparaison ne s’arrête pas là. Plusieurs autres leviers impactent la performance d’une entreprise. Or, les études montrent qu’en moyenne, les entreprises à mission tirent davantage leur épingle du jeu dans ces domaines. En voici 4 dans lesquels elles sont particulièrement performantes : 

  • Attraction, rétention et développement des talents : Selon une étude de Cone Communications, les trois quarts des millenials (personnes nées entre 1980 et 2000) tiennent compte des engagements sociaux et environnementaux lorsqu’ils choisissent l’entreprise où ils vont travailler. Par ailleurs, les employés motivés par la mission de l’entreprise sont 54 % plus enclins à rester cinq ans dans une entreprise, et ont 30 % plus de chances de devenir des “top performers” !
  • Engagement et satisfaction des collaborateurs : 89 % des dirigeants estiment qu’avoir une raison d’être avec laquelle chacun est aligné améliore la satisfaction des employés (et par extension leur engagement).
  • Confiance accrue : 82 % des dirigeants et des employés d’entreprises à mission sont convaincus que leur organisation va continuer à croître.
  • Capacité à innover et à se transformer : 84 % des dirigeants pensent qu’avoir une mission partagée facilite la transformation organisationnelle et l’innovation.

Tous ces leviers contribuent non seulement à augmenter la productivité des collaborateurs, mais aussi la performance globale de l’entreprise. En se basant dessus, on peut donc affirmer que oui, les entreprises à mission sont en moyenne plus performantes que les entreprises traditionnelles.

Ce que ces études ne prouvent pas

Une précision s’impose avant de lire ces chiffres comme une promesse : elles mesurent une corrélation, pas une causalité. Les entreprises capables de formuler une raison d’être claire sont souvent aussi celles qui pilotent bien le reste, la stratégie, le recrutement, la gouvernance. La raison d’être n’est pas un bouton sur lequel appuyer pour acheter des points de croissance.

C’est aussi ce qui sépare une mission tenue d’une mission affichée. Une raison d’être qui ne quitte jamais la plaquette de communication ne produit aucun des effets décrits plus haut, et elle expose l’entreprise au reproche de purpose washing. Deux réflexes tiennent la promesse : traduire la mission en objectifs réellement suivis, et mesurer son impact social et environnemental avec les mêmes exigences que les résultats financiers.

3 entreprises à mission hautement performantes

Pour ceux qui ne sont pas totalement convaincus, laissons-nous vous démontrer en quoi une entreprise à mission est plus performante avec ces 3 exemples : 

Patagonia

Patagonia est un exemple emblématique d’entreprise à mission. Sa raison d’être, « nous utilisons le monde des affaires pour sauver notre planète », guide toutes ses décisions, de la production à la distribution. Cet engagement envers la durabilité et la préservation de l’environnement a non seulement fidélisé une base de clients très loyale, mais a également attiré des talents motivés par la même raison d’être. Résultat : au cours des dix dernières années, Patagonia a multiplié son chiffre d’affaires par 4, tout en restant fidèle à ses valeurs environnementales.

Contentsquare

Contentsquare, spécialisée dans l’analyse de l’expérience utilisateur, se définit comme une entreprise à mission avec un objectif clair : « aider les marques à créer un monde digital plus humain. » Cette mission a permis à la pépite française de se différencier dans un marché compétitif, attirant à la fois des clients et des investisseurs soucieux de ces enjeux. Grâce à son engagement, Contentsquare a levé plus d’un milliard de dollars en financement et génère désormais plusieurs centaines de millions de revenus récurrents annuels (ARR). 

Trupanion

Trupanion est un assureur pour animaux de compagnie basé aux États-Unis. Sa mission est d’« aider les propriétaires d’animaux à gérer leur budget et à prendre soin de leurs animaux de compagnie ». Un engagement qui l’aide à attirer de plus en plus de clients, et à booster ses performances financières. Au deuxième trimestre de 2024, ses revenus par abonnement ont augmenté de 20 %, atteignant ainsi plus de 200 millions de dollars !

Définir sa raison d’être, le premier pas pour devenir une entreprise à mission

Si les exemples cités plus haut vous ont inspirés, alors la prochaine étape est claire. Pour devenir une entreprise à mission, vous devez commencer par définir votre raison d’être. Celle-ci doit être ambitieuse, réaliste, impactante, mais aussi alignée avec vos valeurs. Pour la formuler, demandez-vous : “pourquoi mon entreprise existe-t-elle ?”. 

C’est ce qu’illustre Simon Sinek dans son livre “Start with WHY”, où il introduit le fameux cercle d’or (“golden circle”). Pour l’auteur, il faut commencer par définir pourquoi vous faites ce que vous faites avant d’expliquer le comment et le quoi. 

Tenir sa mission : ce que la loi Pacte impose après la déclaration

Devenir entreprise à mission ne s’arrête pas à une modification des statuts. La loi Pacte assortit le statut d’un dispositif de contrôle, et c’est précisément ce qui le distingue d’une déclaration d’intention :

  • Un comité de mission, distinct des organes sociaux et comprenant au moins un salarié. Il présente chaque année un rapport joint au rapport de gestion. En dessous de 50 salariés, les statuts peuvent prévoir un référent de mission à la place du comité.
  • Une vérification externe : un organisme tiers indépendant contrôle l’exécution des objectifs au moins tous les deux ans, un délai qui peut s’échelonner sur trois ans pour les plus petites structures. Son avis reste accessible publiquement pendant au moins cinq ans.
  • Une déclaration au greffe du tribunal de commerce, qui publie la qualité de société à mission au registre du commerce et des sociétés.
  • Une sanction réelle : si les objectifs ne sont pas poursuivis, le ministère public ou toute personne intéressée peut saisir le tribunal pour faire supprimer la mention « société à mission ».

Ce dispositif a un effet secondaire utile : il oblige à relier la raison d’être aux décisions courantes, donc à la structure de l’organisation, qui décide de quoi, sur quels objectifs et avec quel suivi. C’est le sujet de notre article sur la raison d’être comme système d’exploitation de l’organisation.

Aligner les collaborateurs autour de la raison d’être 

Une fois que vous avez défini votre raison d’être, il faut maintenant communiquer dessus de manière transparente, afin d’aligner les collaborateurs. Cela va permettre à chacun de comprendre pourquoi son travail est important, mais aussi de prendre des décisions qui sont alignées avec votre raison d’être.

Chez Talkspirit, nous avons créé des outils spécialement conçus pour les entreprises à mission qui cherchent à apporter de la transparence dans leur entreprise et à aligner leurs équipes sur des objectifs communs. Vous pouvez notamment utiliser notre plateforme pour :

  • Clarifier la raison d’être et les objectifs stratégiques de votre entreprise
  • Définir et visualiser les rôles et les responsabilités de chacun
  • Identifier comment les objectifs d’équipe contribuent à atteindre les objectifs d’entreprise avec la méthode OKR (Objectifs et Résultats Clés)
  • Suivre vos projets d’équipe et les relier à vos objectifs stratégiques
Visualisation des rôles et des responsabilités dans les entreprises à mission via la fonction organigramme
Visualisation des rôles et des responsabilités via la fonction organigramme

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À mission, à impact, régénérative : ce qui les distingue
ModèleCe qui le définitEngagement juridiqueComment on le vérifie
ModèleEntreprise à missionCe qui le définitUne raison d’être, des objectifs sociaux et environnementaux et leurs modalités de suivi, inscrits dans les statutsEngagement juridiqueStatut prévu par la loi Pacte de 2019, déclaré au greffe du tribunal de commerceComment on le vérifieComité de mission (ou référent de mission en dessous de 50 salariés), et organisme tiers indépendant au moins tous les deux ans
ModèleEntreprise à impactCe qui le définitUne activité pensée pour produire un impact positif sur la société et l’environnementEngagement juridiqueAucun, la démarche est volontaireComment on le vérifieL’entreprise mesure et publie son impact selon les référentiels qu’elle choisit
ModèleEntreprise régénérativeCe qui le définitUne activité qui régénère les ressources naturelles, sociales et humaines qu’elle utilise, par une démarche biomimétiqueEngagement juridiqueAucun, c’est un modèle d’organisation, pas un statutComment on le vérifiePas de cadre commun, la preuve se construit projet par projet

Pour conclure

Oui, les entreprises à mission sont en moyenne plus performantes que les entreprises traditionnelles, à condition que la mission soit tenue et pas seulement déclarée. Plusieurs raisons expliquent cela. Tout d’abord, les entreprises à mission arrivent à mieux attirer et retenir leurs talents et leurs clients. En moyenne, leurs collaborateurs sont également plus engagés, ce qui affecte nécessairement leur productivité. Enfin, elles savent donner un sens profond aux actions qu’elles mènent grâce à leur raison d’être, et non uniquement prendre des décisions basées sur le profit.

Alors, êtes-vous prêts à franchir le pas ? Si vous souhaitez devenir une entreprise à mission, commencez par définir une raison d’être claire. En vous appuyant sur des outils comme Talkspirit, vous pourrez ensuite aligner vos équipes autour de cette raison d’être, et faire en sorte que chacun s’appuie dessus pour prendre les bonnes décisions.

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Les questions qu'on nous pose le plus souvent.

C’est une entreprise avec une raison d’être claire qui s’engage à atteindre plusieurs objectifs sociaux et environnementaux, en plus de ses objectifs financiers. La loi Pacte du 22 mai 2019 lui impose de préciser dans ses statuts sa raison d’être, ses objectifs sociaux et environnementaux, et les modalités de suivi de l’exécution de sa mission.

Plus de 2 600 en 2026, contre 200 en 2020, selon le recensement de l’Observatoire des sociétés à mission. Le statut a été créé par la loi Pacte du 22 mai 2019.

La mission première d’une entreprise traditionnelle est généralement de maximiser le profit pour les actionnaires. L’entreprise à mission, elle, s’appuie sur une raison d’être qui dépasse les simples objectifs financiers et doit obligatoirement intégrer des objectifs sociétaux et environnementaux dans sa stratégie.

En moyenne, oui. Selon une étude du cabinet EY, 85 % des entreprises ayant une raison d’être clairement définie ont vu leur chiffre d’affaires augmenter au cours des trois dernières années, contre 42 % des entreprises sans raison d’être dont les revenus stagnent ou diminuent. Ces études mesurent toutefois une corrélation, pas une causalité : l’écart tient à une mission réellement tenue, pas à une raison d’être affichée.

C’est l’organe qui suit l’exécution de la mission. La loi Pacte le rend obligatoire, distinct des organes sociaux, et il doit comporter au moins un salarié. Il présente chaque année un rapport joint au rapport de gestion. Les sociétés de moins de 50 salariés peuvent prévoir dans leurs statuts un référent de mission à la place du comité.

En quatre étapes. Définir une raison d’être et des objectifs sociaux et environnementaux, les inscrire dans les statuts avec leurs modalités de suivi, mettre en place un comité de mission (ou un référent de mission en dessous de 50 salariés), et déclarer la qualité de société à mission au greffe du tribunal de commerce. Un organisme tiers indépendant vérifie ensuite l’exécution des objectifs au moins tous les deux ans.