Entreprise régénérative : de quoi parle-t-on ?

- Une entreprise régénérative régénère les ressources naturelles, sociales et humaines qu’elle utilise, en s’inspirant du vivant.
- La différence avec la RSE et la durabilité tient à l’ambition : réduire l’impact négatif ne suffit pas, il faut créer un impact positif.
- Sept des neuf limites planétaires sont franchies : viser l’impact neutre revient à stabiliser une situation déjà dégradée.
- Cinq principes clés : interconnexion, régénération des ressources, équité, résilience, biomimétisme.
- La démarche commence par la raison d’être, puis l’implication des parties prenantes, la mesure d’impact, la réduction des impacts négatifs, la création d’impacts positifs.
- La CSRD et les ESRS encadrent le reporting de durabilité, pas la régénération : le terme reste sans norme, d’où le risque de greenwashing.
Pénurie de ressources, dégradation des écosystèmes, inégalités sociales, augmentation du stress au travail, difficulté à attirer les talents… Face à ces problématiques, l’entreprise a un choix décisif à faire. Option 1 : faire comme si de rien n’était et garder un business model axé sur le profit à court terme. Option 2 : se remettre en question et adopter un business model qui répond aux défis environnementaux et sociaux d’aujourd’hui. Un modèle se démarque pour ceux qui choisissent cette dernière option : l’entreprise régénérative.
Là où l’entreprise traditionnelle cherche uniquement à générer de la croissance, l’entreprise régénérative, elle, se fixe des objectifs qui vont au-delà du simple profit. Elle souhaite avoir un impact positif sur les écosystèmes et les communautés qui l’entourent, pour les aider à se régénérer.
Plusieurs entreprises pionnières (Walmart, Patagonia, Timberland, Interface, pour n’en citer que quelques-unes) ont déjà adopté des pratiques régénératives. Alors pourquoi pas vous ?
Dans cet article, nous vous expliquons tout ce que vous devez savoir sur l’entreprise régénérative, ses bénéfices et ses principes clés. Et pour les plus audacieux prêts à sauter le pas, nous vous partageons quelques bonnes pratiques pour initier cette démarche.
Qu’est-ce qu’une entreprise régénérative ?
Définition
Si c’est la première fois que vous entendez parler de l’entreprise régénérative, alors cette définition devrait vous aider à y voir plus clair.
“Une entreprise régénérative est une entreprise qui régénère les ressources naturelles, sociales et humaines qu’elle utilise en s’inspirant du vivant.”
Entreprise régénérative vs entreprise durable
Attention cependant à ne pas confondre régénération et durabilité. Dans une entreprise durable, l’accent est mis sur la réduction de l’impact négatif généré par l’entreprise.
L’entreprise régénérative, quant à elle, vise à la fois à réduire son impact négatif et à créer un impact positif sur l’environnement, la société et les personnes qui l’entourent. Par exemple, en plus de lancer des actions pour limiter son empreinte carbone, elle va aussi développer des solutions pour aider d’autres entreprises à faire de même.
Une entreprise qui souhaite avoir un réel impact positif doit donc adopter une approche régénératrice, et non uniquement durable.
Et la RSE dans tout cela ? Une démarche RSE organise la responsabilité de l’entreprise à l’intérieur de son modèle existant : elle corrige, compense, rend compte. La régénération, elle, interroge le modèle lui-même, jusqu’à la façon dont l’entreprise gagne de l’argent. C’est la marche qui sépare les deux, et c’est aussi celle qui coûte le plus cher à monter.
| Démarche | La question qu’elle pose | Ce qu’elle vise | Ce qu’on y mesure |
|---|---|---|---|
| DémarcheDémarche RSE | La question qu’elle poseComment limiter les dégâts de notre activité ? | Ce qu’elle viseRéduire les impacts négatifs et en rendre compte | Ce qu’on y mesureRapport de durabilité, notation ESG |
| DémarcheEntreprise durable | La question qu’elle poseComment durer sans aggraver la situation ? | Ce qu’elle viseTendre vers l’impact neutre | Ce qu’on y mesureBilan carbone, trajectoire de réduction |
| DémarcheEntreprise régénérative | La question qu’elle poseNotre activité rend-elle son écosystème plus vivant ? | Ce qu’elle viseRéduire l’impact négatif et créer un impact positif | Ce qu’on y mesureÉtat des écosystèmes et des communautés, feuille de route de transformation |
Principes clés
Pour créer cet impact positif, l’entreprise régénérative s’appuie sur plusieurs principes clés :
- Interconnexion et interdépendance : Une entreprise régénérative reconnaît que toutes les parties prenantes d’un écosystème sont reliées entre elles et dépendent les unes des autres. Elle va donc adopter une approche holistique afin d’améliorer l’écosystème dans son ensemble.
- Régénération des ressources : Elle cherche à régénérer les ressources naturelles et sociales qu’elle utilise, par exemple en mettant en place des programmes d’agriculture régénératrice et de développement communautaire.
- Équité et justice : Elle traite équitablement toutes ses parties prenantes, et promeut la justice sociale et économique en corrigeant les déséquilibres de ressources.
- Résilience et adaptabilité : Elle est capable de s’adapter rapidement au changement en diversifiant ses sources de revenus et en développant les compétences de ses collaborateurs.
- Biomimétisme : Elle s’inspire des modèles qu’elle trouve dans la nature pour concevoir des produits et services régénératifs et innover en continu. Par exemple, l’entreprise Interface s’est inspirée de la nature pour créer des dalles de moquette à empreinte carbone négative.

Pourquoi s’intéresser à cette démarche ?
Le contexte d’abord : sur les neuf limites planétaires définies par le Stockholm Resilience Centre, sept sont aujourd’hui franchies, l’acidification des océans ayant rejoint la liste en 2025. Dans ce cadre, une entreprise qui se contente de réduire ses impacts reste une entreprise qui dégrade moins vite. La régénération part de là : viser le zéro n’est plus suffisant quand le point de départ est déjà au-delà des limites.
Adopter une démarche régénérative offre de nombreux avantages pour les entreprises, qui vont bien au-delà de la simple responsabilité environnementale. Voici pourquoi cette approche mérite toute votre attention :
- Impact social et humain : Passer à un modèle régénératif va permettre d’améliorer le bien-être de vos collaborateurs et des communautés locales qui vous entourent. Cela va aussi contribuer à développer des pratiques plus inclusives et équitables, et à réduire les inégalités sociales.
- Impact sur l’engagement et la performance : Un collaborateur heureux est en moyenne 13 % plus productif au travail. En mettant en place des actions en faveur du bien-être, l’entreprise régénérative peut ainsi voir l’engagement et la performance de ses salariés augmenter.
- Impact économique : Investir dans les écosystèmes et les communautés dont elle dépend peut renforcer la viabilité de l’entreprise sur le long terme. Par ailleurs, cela peut l’encourager à innover dans ses pratiques.
- Impact sur la réputation : 80 % des consommateurs américains préfèrent les marques “régénératives” au marques “durable”. Devenir une entreprise régénérative peut donc vous aider à attirer une clientèle fidèle alignée avec vos valeurs.
- Impact environnemental : 3,6 milliards de personnes dans le monde sont déjà affectées par le changement climatique. Si rien n’est fait ralentir le processus, l’Organisation mondiale de la santé estime que cela pourrait causer environ 250 000 décès supplémentaires par an d’ici 2030. Adopter des pratiques régénératives est un moyen de réduire ces chiffres et de protéger notre planète.
Comment devenir une entreprise régénérative ?
Vous êtes convaincu(e) de l’intérêt de mettre en place une démarche régénérative ? Voici quelques bonnes pratiques pour entamer cette transformation.
Travaillez sur votre raison d’être
Pour devenir une entreprise régénérative, la première étape consiste à travailler sur votre raison d’être. Autrement dit : le pourquoi de votre entreprise. Pour la définir, demandez-vous quel impact positif vous souhaitez avoir sur le monde, et quel but ultime vous souhaitez atteindre (au-delà du profit, bien sûr).
C’est en partant de cette raison d’être que vous allez pouvoir vous fixer des objectifs de régénération environnementale et sociale. Alors assurez-vous qu’elle soit bien alignée avec vos intentions.
Une raison d’être qui reste une phrase sur un mur ne régénère rien. Pour qu’elle pèse, elle doit descendre dans les décisions quotidiennes, jusqu’à devenir le système d’exploitation de l’organisation.
À titre d’exemple, la raison d’être de Patagonia “nous utilisons le monde des affaires pour sauver notre planète” illustre bien le souhait de placer l’environnement au cœur des préoccupations de l’entreprise.
Impliquez vos parties prenantes
Prochaine étape : alignez vos collaborateurs sur votre raison d’être et impliquez l’ensemble de vos parties prenantes (internes et externes) dans votre démarche régénérative. Pour cela, vous pouvez :
- Organiser des sessions de formations pour expliquer l’importance de cette transformation.
- Créer des groupes de travail sur votre plateforme collaborative (Talkspirit, par exemple !), où chacun peut proposer des pratiques régénératives à mettre en place
- Impliquer vos clients, fournisseurs et partenaires dans la démarche, et collaborer avec des ONG et associations pour maximiser votre impact.
- Clarifier les rôles de chacun pour garantir un alignement de l’ensemble de vos parties prenantes (par exemple, en utilisant notre organigramme dynamique)
Pensez également à mettre en place des dispositifs de feedbacks pour améliorer en continu vos pratiques.
Mesurez votre impact
Avant de mettre en place des pratiques régénératives, il est essentiel d’évaluer les impacts négatifs et positifs générés par votre entreprise à plusieurs niveaux (social, environnemental, économique…).
Des outils tels que les analyses du cycle de vie (ACV), les bilans carbone ou les rapports RSE peuvent aider à identifier vos points forts et vos points d’amélioration, et à suivre les progrès réalisés sur la durée.
Pour obtenir un cadre plus structuré, vous pouvez également vous tourner vers des labels et normes, notamment le label B Corp, et les normes GRI (Global Reporting Initiative).
Ces cadres ne servent à rien s’ils restent au service RSE. Pour qu’ils changent quelque chose, traduisez-les en objectifs portés par les équipes : c’est tout l’intérêt d’aligner vos OKR sur vos objectifs ESG.
Repérez-vous dans le cadre réglementaire
Le reporting de durabilité n’est plus volontaire pour tout le monde. La directive européenne CSRD impose un rapport normalisé, bâti sur les standards ESRS, aux plus grandes entreprises de l’Union : les premières ont publié en 2025 sur l’exercice 2024. Le paquet Omnibus présenté en février 2025 propose de resserrer ce périmètre, autour des entreprises de plus de 1 000 salariés, et une directive dite « stop the clock » a repoussé de deux ans l’entrée en application pour les vagues suivantes. L’état courant du dossier se suit sur le site de la Commission européenne.
Un point à garder en tête : ce cadre mesure la durabilité, pas la régénération. Il vous dira où vous en êtes de vos impacts négatifs, pas si votre modèle rend son écosystème plus vivant. Prenez-le pour ce qu’il est, un socle de mesure commun, et gardez vos objectifs régénératifs au-dessus.
Réduisez vos impacts négatifs
Vous avez maintenant une bonne compréhension de l’impact global de votre entreprise et des axes que vous souhaitez prioriser. Il est donc maintenant temps de mettre en place des initiatives pour réduire cet impact ! Voici quelques exemples pour vous inspirer :
- IKEA récupère les meubles utilisés de ses clients pour leur donner une deuxième vie
- Apple alimente 100 % de ses sites dans le monde avec de l’énergie propre
- Unilever propose des capsules de lessive qui contiennent des ingrédients actifs biodégradables
Faites-vous accompagner
Personne ne refait son modèle économique seul dans son coin. Des parcours collectifs existent pour cela : la Convention des Entreprises pour le Climat, association d’intérêt général, réunit des dirigeants sur plusieurs mois pour confronter leur modèle aux limites du vivant, et chaque participant en ressort avec une feuille de route publique. D’autres formats existent par filière et par territoire. Ce qui fait la différence n’est pas tant la formation que le fait de tenir un engagement devant ses pairs.
Maintenant à vous de jouer !
Générez des impacts positifs
Enfin, pour devenir réellement une entreprise régénérative, vous devez mettre en place des actions qui génèrent un impact positif sur votre écosystème. Pour cela, n’hésitez pas à adopter une démarche biomimétique, autrement dit d’observer ce que vous voyez dans la nature pour le reproduire dans votre entreprise.
Voici comment certaines entreprises parviennent à créer un impact positif :
- Patagonia soutient des pratiques d’agriculture biologique régénérative
- Walmart met en relation les entreprises et les fournisseurs de solutions de packaging durables via sa plateforme Circular Connector
- Veja produit des basquettes avec du caoutchouc amazonien afin de limiter l’élevage bovin, qui représente la principale cause de déforestation en Amazonie

Pensez également à communiquer sur les actions que vous mettez en place. Cela inspirera peut-être d’autres entreprises à adopter des pratiques régénératives.
end HubSpot Call-to-Action Code Pour conclure
L’entreprise régénérative se présente comme une réponse innovante aux défis environnementaux, sociaux et économiques actuels. En s’inspirant du biomimétisme, elle adopte des pratiques qui contribuent à régénérer les écosystèmes et les communautés locales, et aide d’autres à suivre son exemple.
Bien sûr, tout n’est pas rose pour l’entreprise régénérative. Le terme lui-même n’est encadré par aucune norme, là où le reporting de durabilité a désormais la CSRD et les ESRS, et cette absence de définition partagée ouvre la porte au greenwashing de la part des entreprises, notamment lorsque celles-ci ne sont pas suffisamment bien renseignées sur le sujet. Alors pour éviter cela, le mieux est de se faire accompagner par des personnes ayant une certaine expertise sur ce sujet. Enfin, ne négligez pas les outils digitaux : ils vous seront essentiels pour apporter de la transparence, mesurer votre impact et communiquer sur votre démarche.
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FAQ
Une entreprise qui régénère les ressources naturelles, sociales et humaines qu’elle utilise en s’inspirant du vivant. Là où l’entreprise traditionnelle cherche uniquement la croissance, elle se fixe des objectifs qui vont au-delà du profit et vise un impact positif sur les écosystèmes et les communautés qui l’entourent.
L’ambition. Une démarche RSE organise la responsabilité à l’intérieur du modèle existant et une entreprise durable cherche à réduire son impact négatif. L’entreprise régénérative vise à la fois à réduire cet impact négatif et à créer un impact positif sur l’environnement, la société et les personnes qui l’entourent, quitte à revoir son modèle économique.
Plusieurs pionnières sont citées : Walmart, Patagonia, Timberland, Interface. Avec des pratiques concrètes : Patagonia soutient l’agriculture biologique régénérative, IKEA récupère les meubles usagés de ses clients, Apple alimente ses sites en énergie propre.
D’abord l’interconnexion et l’interdépendance : une entreprise régénérative reconnaît que toutes les parties prenantes d’un écosystème sont reliées entre elles et dépendent les unes des autres, ce qui appelle une approche holistique. Viennent ensuite la régénération des ressources, l’équité, la résilience et le biomimétisme.
Par la raison d’être. Demandez-vous quel impact positif vous souhaitez avoir sur le monde, et quel but ultime vous voulez atteindre au-delà du profit. C’est de là que découlent les objectifs de régénération environnementale et sociale.
Avant toute action, évaluez les impacts négatifs et positifs générés à plusieurs niveaux : social, environnemental, économique. Les analyses du cycle de vie, les bilans carbone et les référentiels normalisés (ESRS pour les entreprises soumises à la CSRD, normes GRI, label B Corp) aident à identifier points forts et axes d’amélioration, et à suivre les progrès.



